A la veille des élections présidentielles, l’offensive libérale que salariés, jeunes, chômeurs et retraités subissent depuis 25 ans connaît une nouvelle accélération. Pas un jour ne passe sans qu’une conquête sociale ne soit mise en cause et promise à un prochain démantèlement : retraites, assurance-maladie, droit du travail...La mécanique capitaliste s’appuie sur trois leviers principaux : la mondialisation, la mise en concurrence des travailleurs et le chômage de masse. Avec ces outils, le capital impose un mouvement continu de régression. C’est ainsi qu’il a profondément modifié le partage des richesses en sa faveur.
Notre secteur professionnel n’est pas resté à l’abri de ces mauvais coups. Mais les groupes de presse et les puissances économiques et financières qui les détiennent (Dassault, Lagardère, Arnaud...) n’entendent pas en rester là. L’Institut Montaigne, officine de réflexion libérale financée par les patrons du CAC 40, vient de sortir un rapport effrayant. Son application, proposée aux candidats libéraux de droite ou de gauche aux élections, signifierait la liquidation des derniers acquis sociaux de la profession et la destruction de ce qui subsiste du pluralisme. Ce rapport pompeusement intitulé « Comment sauver la presse quotidienne d’information » formule en effet 11 propositions qui touchent toute la profession des journalistes aux kiosquiers :
Favoriser la construction de quelques groupes multimédias à taille mondiale en supprimant les barrières anti-concentration qui limitent aujourd’hui la main mise totale de quelques gros capitalistes sur les médias.
Acter la mort de certains quotidiens en supprimant d’ici 2010 toutes les aides à la presse.
Maintenir des aides ciblées pendant trois ans pour la construction ou la modernisation d’imprimeries en province ou à l’étranger. Plus une en région parisienne pour un regroupement de titres. (On voit que M Riccobono a été sollicité par les rapporteurs...).
Remise à plat de la convention collective des journalistes. Suppression de la clause de conscience ou de cession pour pouvoir se séparer à moindre coût d’un journaliste qui conteste la ligne éditoriale. Remise à plat des droits d’auteurs pour optimiser la réutilisation d’un travail sur différents supports : papier, web, radio...
Remise à plat du statut des ouvriers de livre et nouveau plan social pour éliminer encore quelques effectifs. Fermeture des bureaux de placement pour affaiblir leur résistance. Pour la méthode, le rapport propose un gros chèque compensatoire à ceux qui travaillent déjà afin qu’ils acceptent que les nouveaux entrants ne bénéficient plus jamais des acquis des vieilles générations ouvrières.
Suppression du périmètre interdisant la concurrence faite aux kiosques. Plan social pour faire partir les kiosquiers en difficulté et multiplication des points de vente (commerces, cafés, pompistes...) ce qui pose la question du maintien du pluralisme dans l’offre faite aux acheteurs.
L’avis de la LCR
Au-delà de l’offensive sociale sans précédent promise contre les salariés qui nécessitera une réponse à la hauteur, il y a une remarque vraie dans ce rapport explosif : les dizaines de millions offerts chaque années aux patrons au titre du maintien du pluralisme... ne garantissent pas le pluralisme. A partir de ce constat (Lagardère, Dassault, Arnault ont-ils besoins d’être subventionnés ?) le rapport Montaigne propose de détruire ce qui subsiste et nous proposons au contraire de revenir à une presse d’information offrant réellement aux lecteurs la pluralité des opinions et des analyses. Nous préconisons la création d’un pôle industriel public pour la confection et la distribution d’une presse d’opinion permettant aux partis politiques de posséder leurs propres moyens d’expression. Et aux lecteurs d’avoir le choix. Moyens industriels qui pourraient être offerts également au monde syndical et à certaines grandes associations nationales. La liberté de la presse et le pluralisme sont des biens précieux. Ils méritent un véritable service public intégrant tous les intervenants, des journalistes aux diffuseurs.